Critique : Invictus
Réalisé par Clint Eastwood
Avec Morgan Freeman, Matt Damon, Scott Eastwood
Long-métrage américain.
Genre : Drame historique
Durée : 2h12 min
Année de production : 2009
Visionné en Version Originale et Version Française
Synopsis :
L’Afrique du sud est, en 1995, en proie à d’importants soucis économiques et raciaux. Nelson Mandela va s’engager à unifier le peuple africain au travers de son équipe de rugby en l’amenant à gagner la coupe du monde.
Critique :
Assez peu de réalisateurs peuvent se vanter à l’heure actuelle d’être une gageure de qualité à chaque sortie d’un nouveau film. Clint Eastwood fait partie de ces rares réalisateurs à nous éblouir lors de chacune de ses réalisations. Après un sublime « Gran Torino » aussi hilarant qu’émouvant, il nous propose une fresque historique et non des moindres : le parcours de Nelson Mandela durant la période de coupe de monde de rugby de 1995. Afin de situer un petit peu, rappelons que Nelson Mandela fut le premier président noir d’Afrique du sud de 1994 à 1999 après avoir passé 27 ans en prison. En 1993, il reçoit le prix Nobel de la paix pour son action en faveur de la fin de l’apartheid. Il décidera alors par la suite de soutenir l’équipe de rugby africaine pour qu’elle puisse gagner la coupe du monde et unifier ainsi le peuple africain au travers de la réussite de son équipe de rugby.
Le film se situe donc entre la période de sa libération de prison en 1990 et celle de la fin de la coupe du monde de rugby de 1995. Précisons-le tout de suite : ce film n’est pas une biographie de Nelson Mandela. Le film s’attache uniquement aux événements liés à la coupe du monde et particulièrement à la relation étroite qu’ont entretenue Nelson Mandela et François Pienaar, le capitaine de l’équipe d’Afrique du Sud de l’époque.
« Le tout premier regard entre deux hommes qui vont changer le visage de l’Afrique du Sud »
C’est avec beaucoup de plaisir cinématographique que l’on découvre ou redécouvre cette formidable histoire. Clint Eastwood, au combien soucieux du détail, nous peint une fresque magnifique, touchante et fidèle. Le charme de la mise en scène opère très rapidement par sa justesse mais aussi par son intelligence. Une mise en scène tout en finesse qui séduit par son calme et sa modestie. C’est là toute la force du metteur en scène qui arrive à nous admirer par des choses toutes simples mais au combien efficaces.
En tête d’affiche, Morgan Freeman incarne un Nelson Mandela plus vrai que nature. Son jeu est extrêmement juste, que ce soit dans les moments d’euphories et de liesse des matchs de rugby que dans les moments plus graves, tels que ses discours emplis de sagesse et de compassion. Mais au-delà d’un jeu d’acteur fabuleux, il y a aussi une ressemblance physique assez étonnante, qui est d’ailleurs mise à profit par Clint Eastwood durant les véritables images d’archives qui sont mélangés à de fausses images d’archives jouées avec Morgan Freeman en tant que Nelson Mandela. Face à lui, une autre grande interprétation : celle de Matt Damon, alias François Pienaar, le capitaine de l’équipe de rugby. Son interprétation du leader d’une équipe, transcendé par le soutient de Nelson Mandela est d’une justesse incroyable. Au travers de la première rencontre de ces deux personnages, on ressent tout de suite son importance et à quel point elle va être capitale dans la suite du film et de l’histoire de l’Afrique du Sud. Que ce soit entre eux deux ou bien avec les autres personnages du film, on boit en permanence les dialogues qui sont pleins de douceur, d’émotions et de sagesse. Et c’est d’ailleurs ce qui transparait tout au long du film.
« Cette voix que l’on entend, c’est la voix de l’Afrique »
La mise en scène est à l’image de son metteur en scène, extrêmement forte et puissante. On assiste sans vraiment le réaliser à une montée en puissance continue durant le film. Car il ne s’agit pas ici uniquement d’en mettre pleins les yeux. L’histoire nous est racontée de manière très douce et emplie d’une modestie devenue trop rare au cinéma. L’ascension de Nelson Mandela dans le cœur du peuple Sud-Africain se fait avec beaucoup de nuance et de sincérité dans des dialogues aux dimensions historiques et aux nuances d’humour très subtiles. Et c’est alors, quand on s’y attend le moins, que l’on se rend compte qu’on s’est laissé transporter dans cette escalade sans vraiment s’en être rendu compte. La finale approche et l’on vibre au son des clameurs de la foule et on n’en vient même à ne plus savoir comment cela va se finir, à ressentir l’hésitation du public, à frémir pour un événement dont on connait pourtant l’issue. Une dimension tout simplement humaine, à fleur de peau.
Si les moments de dialogues sont empreints de sagesse et d’émotion, les matchs de rugby ne sont pas filmés de la même manière. On assiste à des échanges rudes et bestiaux, comme le veux ce grand sport qu’est le rugby. Des mêlées animales, des plaquages féroces, des cris bestiaux, des gémissements rauques, des cris de supporters interminables… Et tout ceci couvert par des musiques de percussions du meilleur effet pour amener la tension et le suspens. Alors que Clint Eastwood n’utilise que très rarement des ralentis durant tout le film, la finale en est par contre remplie, pour le plus grand plaisir des yeux, et pour ainsi dire sacraliser le moment présent et le rendre en quelque sorte figé dans le temps.
« Aujourd’hui, nous allons gagner la coupe du monde de rugby »
J’ai eu la chance de voir ce film en version originale et également en version française. La version française est relativement convenable avec des doublages convaincants. Quant à la version originale, que peut-on en dire, mis à part qu’elle nous fait hérisser les poils de nos bras en permanence ? On y gagne bien évidemment en justesse de ton, mais aussi énormément en sincérité. La plupart des accents sont respectés et les intonations de voix lors des moments d’émotions sont incomparables aux voix françaises. Les musiques sont composées par Kyle Eastwood qui compose depuis pas mal de temps les films de son père et par Michael Stevens. Elles sont totalement en adéquation avec les différents thèmes du film et nous transportent avec beaucoup de chants africains. Une très belle composition.
Tout est dit. Un grand film, de grands acteurs et un grand réalisateur. Pour finir voici quelques mots du poème « Invictus » de William Ernest Henley que lisait Nelson Mandela en prison et qui résument le film : « Je suis le maître de mon destin, Je suis le capitaine de mon âme ».
En bref :
Un film grandiose, généreux, au charme fou, à la réalisation impeccable, à la musique incontournable. Au travers de la passion de tout un peuple, on ressort de ce film avec une véritable compassion, un véritable élan d’amour et de générosité. Une leçon de vie. Merci Mr. Eastwood.
Julien Rouveron
Ma note : 9.5/10
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