Critique : Hors de contrôle

 

Réalisé par Martin Campbell
Avec Mel Gibson, Ray Winstone, Danny Huston, 

Titre original : Edge of Darkness
Long-métrage américano-britannique.

Genre : Polar
Durée : 1h48 min

Année de production : 2009

Vu en VOSTFR


Résumé : L’inspecteur de police Craven retrouve sa fille après plusieurs années où ils s’étaient tournés le dos. Les retrouvailles seront de courte durées, le soir même, sa fille est abattue sur le perron de leur porte d’entrée. Elle meurt dans les bras de son père, en lui confiant qu’elle veut lui dire une chose importante, sans avoir le temps de lui dire quoi.




Critique :




Tout d’abord, je dois avouer, à titre personnel, que je trouve assez nauséabond la cabale qu’il y a à l’encontre de Mel Gibson à propos de ce film. Oui, le film est violent et oui, il y a des références chrétiennes, mais à bien y regarder, le film est vraiment très prenant.

Avant de commencer, je dois préciser qu’en regardant la bande annonce, et au vue des 50 premières minutes, j’ai eu l’impression de me retrouver devant une adaptation de l’excellent film Français « Le nouveau protocole » , avec Clovis Cornillac, sortit il y a quelques années. Donc, si vous avez vu également ce film, ne vous en faites pas, ce n’est pas une adaptation au sens ou la fin n’est pas la même et que les héros ne sont pas similaires dans leurs psychologie. D’ailleurs, la réalisation de Martin Campbell est juste excellente (moins mollasson que celle de Thomas Vincent), rappelant les meilleurs films des années 90, à savoir beaucoup de plans larges, loin de la succession des plans toutes les 2 secondes façons « transformers » et beaucoup de courses poursuites. Ne cherchez pas de caméras à l’épaule tremblante, ici, tout est propre et classieux, au service d’une histoire à la limite de l’insupportable (dans le bon sens du terme).

Avant de parler purement de l’histoire, il est bon de préciser que Mel Gibson est vraiment très en forme, malgré les cheveux blancs, les rides et une légère calvitie à peine dissimulée, il garde un punch d’enfer tout au long du film. Il est littéralement habité par son rôle de père détruit et, n’ayons pas peur des mots, il offre une prestation plus que poignante, dure et délicate, jamais dans l’excès, juste, qui aurait du lui conférer, à mon gout, quelques nominations pour certains prix. Il en va de même pour les seconds couteaux, qui impliquent ainsi fortement le spectateur dans l’histoire.























Je vais te dire un secret : j’aime les burgers!



Ce film donc, comme je l’ai dit, est un film dur. La perte d’un enfant n’est pas chose facile à gérer, mais le personnage principal, Craven, décide de rester digne et de mener seul son enquête, ayant peur que celle-ci soit vite expédiée par ses amis. Son personnage, malgré la douleur, ne décide pas de mener une vendetta, mais les obstacles qu’il va affronter vont le durcir, la solution d’en venir à la force ne se fera que lorsque tout autre moyen d’investigation s’avérera être inutile. Cette violence d’ailleurs, puisqu’elle arrive tardivement et qu’elle est « justifiée », apparaît presque comme jouissive et également libératrice, pour le héros, mais également pour le spectateur qui souffre avec lui.

Comme dans les grands films des années 90, la paranoïa est de mise, et le thème de la conspiration est vraiment bien exploité dans ici. On ne peut donc pas dire que ce film fait l’apologie de la violence gratuite. Soyons clair, rien n’est gratuit dans ce film, toute action est mûrement réfléchi par un Craven mutilé dans son âme.

D’ailleurs, dire que ce film est un film d’action serait réducteur. Certes, il y a de l’action, mais c’est avant tout un drame psychologique familial. La mort de la fille réveille des blessures qui n’avaient jamais cicatrisées, et qui auraient du l’être grâce au retour au bercail de l’enfant tant aimé. Un grand vide est ainsi palpable dans le film : il y a beaucoup de silence, Gibson parle peu, manque de sommeil, discute à des hallucinations de sa fille en lui demandant conseil, le sang (signe du corps vidé) et surtout, les rêve/flashback du héros, qui montrent en permanence son désarroi et sa tristesse, surtout lorsque ces derniers se confondent à la réalité.

Le film prend aussi le spectateur par surprise, que se soit par les rebondissements, par l’action ou par les réactions du personnage principal, qui ne réagit pas de manière prédéfinie. On sent qu’il est tiraillé entre sa douleur de père et son devoir de policier.






















Tireras ou tireras pas?



On pourrait parler, encore, des inspirations catholique que le film a par moment, mais cela est-il nécessaire tant cela est un détail dans l’histoire. Alors disons le, oui, le personnage est croyant, oui, il fera parfois des allusions à la croix, parfois se sera plus subtil (menaçant quelqu’un de le « clouer ») et donnera l’extrême onction une fois. Cela suffit-il à créer une polémique ? Je ne le crois pas. N’oublions pas que si Gibson avait voulu nous servir un plat plus religieux, il aurait pu le faire, oublions donc ce détail.

Le scénario est également super bien ficelé jusqu’à la fin, et ce n’est que dans les dernières minutes que l’on comprendras le rôle de personnages tels que « Jedburg » dans l’histoire, alors qu’ils nous paraissent plutôt anecdotique dans le déroulement.

Un film exceptionnel.

En bref :


Un film donc maîtrisé de bout en bout, mené à un rythme tambour battant par des acteurs habités, au service d’une histoire prenante et crédible. A voir, absolument.


Hervé BOYER

Note : 8,5/10

Bande Annonce :

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